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Solidaires Auvergne

Non à la désignation d’un intégriste royaliste à la tête d’une École Doctorale de l’UCA.

Lettre Ouverte

Monsieur le Président de l’Université Clermont Auvergne, Mathias Bernard,

Nous avons été choqués d’apprendre que vous proposiez de renouveler pour les 5
ans à venir M. Cyrille Dounot au poste de directeur de l’école doctorale (ED) Sciences
économiques, juridiques, politiques et de gestion.

Comme vous le savez, M. Dounot est professeur de droit, ainsi que militant catholique
intégriste royaliste. Il a provoqué la réprobation générale chez les doctorant·e·s comme chez
ses collègues ces derniers mois. M. Dounot a en effet organisé le 27 janvier dernier, dans
les locaux de l’École de droit, au nom de l’Ecole Doctorale qu’il dirige et en utilisant l’argent
public mis à la disposition de l’école par l’UCA [1] , une conférence consacrée à la loi de
bioéthique adoptée en juillet, ouvrant notamment droit à la procréation médicalement
assistée (PMA) à toutes les femmes. Cette conférence, loin d’être l’occasion d’une
présentation scientifiquement étayée, ou éventuellement contradictoire, des enjeux de ce
débat, fut une tribune unilatérale pour Mme Aude Mirkovic, certes maitresse de conférences
en droit à l’université d’Evry, mais surtout elle aussi militante catholique intégriste. Mme
Mirkovic a surtout fait parler d’elle comme l’une des portes-paroles du mouvement dit de
“Manif pour tous” et pour son activisme anti-avortement [2] . Mediapart révélait en 2019 son
passé dans un groupe de rock identitaire aux relents antisémites, poussant la chansonnette
avec des paroles comme :

« À France Info, / Les mêmes escrocs, / À France Inter, / Les mêmes faussaires, / [...] Si
j’étais pas si réfléchi, / Ça se terminerait en boucherie. / Si j’étais pas si modéré, / Je crois
que j’irais tous les tuer, / Les massacrer » [3]

De cette contextualisation, les doctorant·e·s à qui la conférence était destinée n’apprendront
rien. Ils et elles découvriront effarées les propos et les documents distribués par Mme
Mirkovic, pour qui “le but [de l’ouverture de la PMA à toutes les femmes] est la privation de
père”, et “le lien avec l’eugénisme est visible” [4] . Après une pétition de doctorant·e·s ayant
assisté·e·s à la conférence, les directeur et directrice adjoint·e·s de l’Ecole Doctorale se sont
désolidarisé·e·s de l’initiative de M. Dounot, “condamn[ant] fermement que de telles idées
soient disséminées lors des séminaires de l’Ecole” [5] .

Alors qu’il vous appartient de renouveler pour les 5 ans à venir l’ensemble des
directeurs et directrices des écoles doctorales de l’UCA, il serait pour nous
inconcevable de confirmer M. Dounot dans ses fonctions.

Il est certes libre en tant que citoyen d’exprimer à titre privé ses opinions lorsque celles-ci
restent dans les limites de la légalité – ce qui n’est pas garanti [6] –, et d’exprimer son
jugement argumenté en tant qu’enseignant-chercheur dans son domaine de compétences,
dans le respect des règles de déontologie de sa profession. Mais cela ne lui donne aucun
droit fondamental à diriger l’encadrement des doctorant·e·s de droit, économie, sciences
politiques et de gestion, de l’UCA. Directeur d’école doctorale est une fonction administrative
hiérarchique, une position de pouvoir sur les doctorant·e·s qui suppose confiance et
responsabilité. Il décide de proposer ou non au président l’inscription en doctorat d’un·e
candidat·e, l’attribution d’un service d’enseignement, ou d’un congé au ou à la doctorante
qui demande une césure. Il organise également les comités de suivi des doctorant·e·s,
chargés en principe de prévenir les situations de harcèlement et de discrimination.

Envisage-t-on de confier ces responsabilités à quelqu’un qui défend le principe de la
peine de mort [7] ? Qui écrit que “La laïcité reste en définitive une arme potentielle de la
République contre les symboles chrétiens.” [8] ?

Qui publie des hommages à Jean de Viguerie, ancien membre du conseil scientifique du FN [9] ? Qui parraine des commémorations d’insurrections royalistes “sous le haut patronage de Mgr le Prince Louis de Bourbon” [10] et assure des formations politiques sur le thème de “l’insurrection” et des “principes d’action
politique pour un vrai redressement de la civilisation chrétienne” [11] ? Qui publie dans une
revue maurrassienne [12] à côté de charmants articles comme “L’étau “Education nationale” se
resserre sur nos enfants et nos familles” [13] , “L’Évolution, une théorie sans preuves” [14] ,
“L’Inquisition fut une réaction salutaire de défense de la foi et de la société chrétienne” [15] , ou
encore “La femme chrétienne se doit d’être habillée de façon modeste, afin de n’entraîner ni
impudeur pour elle-même, ni tentation pour autrui, ni scandale pour la société.” [16] ?

L’organisation de la conférence militante de janvier dernier a montré que M. Dounot
compte bien se servir des fonctions que vous souhaitez lui confier pour son
activisme antirépublicain, anti-laïque, et réactionnaire. La confiance avec les
doctorant·e·s est rompue.

Imagine-t-on une doctorante victime de harcèlement sexuel
oser se tourner vers son école doctorale pour trouver du soutien, avec M. Dounot à sa tête ?
Imagine-t-on un doctorant homosexuel, ou d’une autre confession que lui, en faire de
même ?

Lui laisser ces responsabilités administratives serait une faute. Une faute morale, une
faute politique, une faute scientifique.

Veuillez recevoir, M. le Président, nos salutations respectueuses.

Organisations signataires

CGT 63
CGT éduc’action
FSU 63
SNASUB
SNESUP
Solidaires 63
SUD éducation
UNEF Auvergne
Les élu·e·s doctorant·e·s syndicalistes de l’UCA
PCF 63
La France Insoumise
NPA 63
AIDES
La Cimade
La Libre Pensée
La Ligue des Droits de l’Homme
Osez Le Féminisme
Le Planning Familiale
SOS Homophobie

[1] https://sejpg.ed.uca.fr/formation-doctorale/modules-de-l-ed-sejpg/conferences-63031.kjsp
[2] https://www.alliancevita.org/2016/11/cp-formation-universite-de-la-vie-2017-fonder-la-biopolitique/
[3] https://www.mediapart.fr/journal/france/190619/aude-mirkovic-du-rock-identitaire-la-croisade-anti-pma
[4] Textes de Mme Mirkovic adressés par M. Dounot aux doctorant·e·s par mail du 29/01/2020.
[5] Mail de Mme Schwartz, Professeure des universités (CERDI), et M. Aubert, Professeur des
universités (CleRMa) du 31/01/2020 à l’ensemble des doctorant·e·s de l’ED, avec le président de
l’UCA, Mathias Bernard, en copie.
[6] Le compte Twitter d’une association qu’il préside assimile en 2017 l’homosexualité à la pédophilie,
et juge en 2018 les personnes homosexuelles comme dignes d’une peine de mort. https://france3-regions.francetvinfo.fr/auvergne-rhone-alpes/puy-de-dome/clermont-ferrand/association-familiale-catholique-clermont-ferrand-critiquee-derapages-homophobes-twitter-1531486.html
[7] https://www.catholica.presse.fr/2018/10/16/une-solution-de-continuite-doctrinale/
[8] https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-01807438
[9] https://via-romana.fr/histoire/280-liber-amicorum-jean-de-viguerie-9782372710763.html
[10] https://www.afs.ovh/actualites/201-lettre-aux-amis-de-l-afs-juillet-aout-2020
[11] idem
[12] “Action Familiale et Scolaire”, cf. P.-A. Taguieff, https://doi.org/10.3406/espat.1989.3498
[13] https://www.afs.ovh/actualites/198-lettre-aux-amis-de-l-afs-mai-2020-2e-lettre
[14] https://www.afs.ovh/brochures/l-essentiel/105-l-evolution-une-theorie-sans-preuve
[15] https://afs.ovh/brochures/reperes?start=10
[16] idem

Droit de Réponse de M. Cyrille Dounot

Mise à jour du 21/12/2020 : Nous publions ci-après le droit de réponse de M. Cyrille Dounot en application des dispositions du décret n° 2007-1527 relatif au droit de réponse applicable aux services de communication au public en ligne et pris pour l’application du IV de l’article 6 de la loi n° 2004-575 du 21 juin 2004 pour la confiance dans l’économie numérique.

Afin de répondre strictement à la lettre de l’article 2 du décret n° 2007-1527, je suis
contraint de limiter ma réponse à une longueur similaire ou inférieure aux passages contestés, qui auraient pourtant mérité des réponses plus longues. Voici donc ci-dessous, conformément à cet article 2, « la mention des passages contestés et la teneur des réponses sollicitées » :

- En réponse au passage contesté suivant : « Comme vous le savez, M. Dounot est professeur de droit, ainsi que militant catholique intégriste royaliste. Il a provoqué la réprobation générale chez les doctorant·e·s comme chez ses collègues ces derniers mois ».

Je sollicite la réponse qui suit : « J’ai été reconduit à la tête de l’École doctorale le 2 juin 2020 à l’unanimité des membres du conseil (enseignants-chercheurs, doctorants, personnalités extérieures, personnel administratif) ».

- En réponse au passage contesté suivant : « M. Dounot a en effet organisé le 27 janvier dernier, dans les locaux de l’École de droit, au nom de l’Ecole Doctorale qu’il dirige et en utilisant l’argent public mis à la disposition de l’école par l’UCA, une conférence consacrée à la loi de bioéthique adoptée en juillet, ouvrant notamment droit à la procréation médicalement assistée (PMA) à toutes les femmes »

Je sollicite la réponse qui suit : « Le directeur ‘met en œuvre le programme d’actions de l’École doctorale’ (art. 7, arrêté du 25 mai 2016) et il est ordonnateur des dépenses nécessitées par ce programme d’actions. La tenue d’une conférence, validée en amont par les deux directeurs-adjoints et portant sur une loi en discussion au parlement, entre pleinement dans ce programme ».

- En réponse au passage contesté suivant : « Envisage-t-on de confier ces responsabilités à quelqu’un qui défend le principe de la peine de mort [7] ? Qui écrit que “La laïcité reste en définitive une arme potentielle de la République contre les symboles chrétiens.” [8] ? Qui publie des hommages à Jean de Viguerie, ancien membre du conseil scientifique du FN [9] ? Qui parraine des commémorations d’insurrections royalistes “sous le haut patronage de Mgr le Prince Louis de Bourbon” [10] et assure des formations politiques sur le thème de “l’insurrection” et des “principes d’action politique pour un vrai redressement de la civilisation chrétienne” [11] ? Qui publie dans une revue maurrassienne [12] à côté de charmants articles comme “L’étau “Education nationale” se resserre sur nos enfants et nos familles” [13] , “L’Évolution, une théorie sans preuves” [14] , “L’Inquisition fut une réaction salutaire de défense de la foi et de la société chrétienne” [15] , ou encore “La femme chrétienne se doit d’être habillée de façon modeste, afin de n’entraîner ni impudeur pour elle-même, ni tentation pour autrui, ni scandale pour la société.” [16] ?

Je sollicite la réponse qui suit :
« Je suis heureux d’avoir trouvé de nouveaux lecteurs de ma production scientifique (bien
que vous ne citiez que trois articles sur la soixantaine que j’ai écrits), mais vous devriez savoir qu’un article ‘sur’ n’est pas un article ‘pour’ et que la publication dans des Mélanges, offerts à un professeur en fin de carrière, est un exercice académique et non une activité politique (me tiendriez-vous rigueur d’avoir contribué aux Mélanges offerts au républicain Jacques Bouveresse ?). De plus, vous m’imputez des publications dans la ‘revue maurrassienne’ Action Familiale et Scolaire à laquelle je n’ai jamais contribué... Vous confondez, semble-t-il, les sigles AFS, AFC et AF Clermont, trois entités totalement distinctes, qui ne sont pas solidaires ».

- En réponse au passage contesté suivant : « Il est certes libre en tant que citoyen d’exprimer à titre privé ses opinions lorsque celles-ci restent dans les limites de la légalité – ce qui n’est pas garanti [6] –, et d’exprimer son jugement argumenté en tant qu’enseignant-chercheur dans son domaine de compétences, dans le respect des règles de déontologie de sa profession ».

Je sollicite la réponse qui suit : « En tant qu’en enseignant-chercheur, je jouis ‘d’une pleine indépendance et d’une entière liberté d’expression dans l’exercice de [mes] fonctions’ conformément à l’article L 952-2 du code de l’éducation. Au demeurant, je n’ai jamais tenu de propos jugés illégaux et j’ai bénéficié le 17 décembre 2019 d’une ordonnance de non-lieu ».

- En réponse au passage contesté suivant : « Imagine-t-on une doctorante victime de harcèlement sexuel oser se tourner vers son école doctorale pour trouver du soutien, avec M. Dounot à sa tête ? Imagine-t-on un doctorant homosexuel, ou d’une autre confession que lui, en faire de même ? »

Je sollicite la réponse qui suit : « Rien ne justifie de telles allusions diffamatoires qui sont parfaitement déplacées. Tout doctorant victime d’une injustice, quelle qu’elle soit, trouvera toujours auprès de moi un soutien ».



Article publié le 3 novembre 2020


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